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Les phares les plus beaux du monde

La beauté au service de la fonction

Un phare n'est pas d'abord conçu pour être beau. Sa raison d'être est brutalement fonctionnelle : projeter une lumière identifiable dans la nuit ou le brouillard, depuis une position précise, avec une portée suffisante pour prévenir les naufrages. Et pourtant, la convergence de contraintes techniques et d'ambitions architecturales a produit, au fil des siècles, quelques-unes des structures les plus émouvantes que l'homme ait jamais construites sur les rivages de la mer. La beauté naît ici de la nécessité : la tour doit être haute, donc élancée ; solide, donc massive dans ses proportions basses ; visible, donc frappante dans sa polychromie.

Peggy's Cove Lighthouse, Nouvelle-Écosse

Peut-être le phare le plus reproduit au monde sur les cartes postales canadiennes, le phare de Peggy's Cove se dresse sur des rochers de granit gris polis par les glaciers, à quarante-cinq kilomètres à l'ouest d'Halifax. Construit en 1914 en béton octogonal blanc avec un sommet rouge, il mesure à peine quinze mètres, mais la combinaison du village de pêcheurs pittoresque à ses pieds, du granit nu balayé par les vagues et du ciel de l'Atlantique en fait une composition photographique d'une puissance rare. Son feu isophase vert de six secondes est visible à neuf milles nautiques. Il est toujours actif et sert également de bureau de poste saisonnière — seul phare au monde à remplir cette double fonction.

Phare de Batz, Bretagne

L'île de Batz, à quelques centaines de mètres de la côte nord du Finistère, abrite l'une des tours les plus hautes de France : soixante-dix mètres depuis la base, construite en granit rose de Bretagne entre 1833 et 1836 par l'ingénieur des ponts et chaussées Léonce Reynaud. Son feu blanc à quatre éclats toutes les vingt-cinq secondes est visible jusqu'à vingt-trois milles nautiques. L'ascension des deux cent cinquante-huit marches récompense le visiteur d'une vue à trois cent soixante degrés sur la mer d'Iroise, l'archipel de la Côte de Granit Rose et, par temps clair, les côtes des Cornouailles anglaises. Ouvert aux visites en saison, c'est l'un des phares bretons les plus fréquentés après le Créac'h d'Ouessant.

Cabo de São Vicente, Algarve

À l'extrémité sud-ouest de l'Europe continentale, là où les navigateurs de l'époque des Grandes Découvertes embarquaient pour le cap de Bonne-Espérance, le phare de Cabo de São Vicente occupe une falaise de soixante-dix mètres qui tombe à pic dans l'Atlantique. La tour blanche de vingt-huit mètres, reconstruite en 1846 sur les ruines d'un couvent franciscain, abrite l'une des optiques les plus puissantes d'Europe : une lentille de Fresnel de premier ordre qui projette un feu blanc à deux éclats toutes les cinq secondes jusqu'à trente-deux milles nautiques. Le site est classé au patrimoine national portugais et accueille chaque soir une foule de visiteurs venus contempler le coucher de soleil sur l'Atlantique depuis l'un des promontoires les plus connus du monde.

Portland Head Light, Maine

Le plus ancien phare du Maine, allumé en 1791 sur ordre du président George Washington, se dresse sur une pointe rocheuse à l'entrée du port de Portland. La tour de vingt-quatre mètres, en granit local enduit de blanc, contraste avec le vert profond du sapin qui l'entoure et le bleu froid de l'Atlantique en arrière-plan. Ses bâtiments annexes en brique rouge, aujourd'hui transformés en musée, complètent un ensemble que les peintres du XIXe siècle — Edward Hopper en tête — ont immortalisé. Son feu occultant de quatre secondes est visible à vingt-quatre milles nautiques. C'est le phare américain le plus photographié du monde selon plusieurs études de fréquentation touristique.

Tourlitis, Andros, Cyclades

Juché sur un rocher isolé à quelques mètres du rivage de la capitale de l'île d'Andros, le phare de Tourlitis est l'un des rares phares construits au sommet d'un bloc rocheux naturel afin de ne pas avoir à creuser des fondations. La tour cylindrique de sept mètres, blanchie à la chaux, date de 1897 et fut détruite pendant la Seconde Guerre mondiale avant d'être reconstruite à l'identique en 1994 par une philanthrope locale, la famille Goulandris. Son feu blanc à deux éclats toutes les neuf secondes est visible à neuf milles nautiques. L'image de la tour blanche surgissant d'une mer bleue profonde et d'un ciel méditerranéen est devenue iconique pour la Grèce insulaire.

Phare de l'Île Vierge, Finistère

C'est techniquement le phare maçonné le plus haut du monde : quatre-vingt-deux mètres et demi depuis la base jusqu'au sommet de la lanterne, construit entre 1897 et 1902 sur un îlot de la baie de Lannilis, dans les abers du nord-Finistère. L'Île Vierge est construite en kersantite — une roche volcanique gris sombre qui lui confère une teinte austère distincte des phares bretons habituellement blancs. Son intérieur est un chef-d'oeuvre de ferronnerie industrielle : l'escalier hélicoïdal de trois cent soixante-cinq marches est entièrement revêtu de carreaux d'opaline bleue pour refléter la lumière et guider les visiteurs. Ouvert en visite guidée en été, il offre une vue sur toute la côte nord du Finistère.

Phare de Lindau, lac de Constance

Le phare le plus méridional d'Allemagne n'est pas un phare de mer : il se dresse à l'entrée du port de la ville insulaire de Lindau, sur le lac de Constance, à la frontière de l'Autriche et de la Suisse. Construit en 1856 dans un style néogothique élaboré, en pierre de taille blonde, avec des arcs brisés et une lanterne de cuivre vert-de-grisé, il mesure trente-trois mètres. Sa tour carrée et l'ancien phare cylindrique roman du XIIe siècle qui se dresse à quelques mètres forment un dialogue architectural fascinant entre deux époques. Le feu rouge isophase est visible à huit milles nautiques sur les eaux alpines du lac.

Farol de Santa Marta, Cascais

À Cascais, à l'embouchure du Tage, le phare de Santa Marta est un exemple rare de phare intégralement zébré de bandes bleues et blanches sur fond de village de pêcheurs peint en ocre et blanc. La tour de dix-huit mètres date de 1868 et fut conçue par l'ingénieur Eugénio Rodrigues. Désarmé en 1994, il abrite aujourd'hui un musée sur l'histoire des phares portugais. La combinaison des azulejos du jardin environnant, de la tour rayée et du rose de la lumière du soir sur les murs de la vieille ville en fait un site photographique d'une richesse chromatique exceptionnelle.

Le choix de la beauté

Ces phares ont en commun plus que l'esthétique : tous occupent des positions stratégiques sur des routes maritimes importantes, tous ont été construits par des ingénieurs soucieux de répondre à des contraintes techniques précises, et tous ont survécu parce que leur qualité de construction dépassait ce que la simple fonctionnalité exigeait. La beauté, dans le cas du phare, est souvent la marque d'un constructeur qui savait que son oeuvre durerait des siècles et méritait d'être digne de cette permanence.

Pour explorer ces phares sur la carte mondiale et en découvrir des dizaines d'autres dont la beauté reste méconnue, ouvrez la carte et laissez la géographie vous guider.